Le Mythe du Lecteur


vendredi, février 18

COMME LE BEAU TEMPS PASSE POUR LA SAISON !

Comme le temps passe ! Beau temps pour la saison ! etc. Tant de phrases-type que l'on gagnerait tellement à condenser : " comme le beau temps passe pour la saison ! ". Soyez-en convaincus. Mais cela ne suffit pas ! Tout n'ira pas bien tant que le monde ne sera pas parfait. La tautologie est un sport moins sanglant que la tauromachie mais tout aussi physique. Encore une fois il faut, préalablement à l'écriture, déblayer les scories qui jonchent la surface autrement libre de mon cerveau. Cette image impose une topologie du cerveau assez pittoresque. La boîte crânienne est un bol, le cerveau une portion de fromage blanc placée dedans, et les scories des carottes râpées la surmontant. Tous les aliments cités ici sont interchangeables et modifiables à souhait selon les convictions religieuses et culinaires ( diététiques, alimentaires, gastronomiques ) du lecteur. Le lecteur est un mythe. Ca ne le rajeunit pas, car il est vrai que l'on parle souvent d'anciens mythes ( mon chat et moi ). Y a-t-il plus de mythes anciens que de mythes modernes ? Comment quantifie-t-on les mythes ? Peut-on définir une frontière entre l'ancienneté et la modernité ? Tous les mythes modernes ne sont-ils pas anciens, en raison des influences qu'ils ont subies ? Tous les mythes anciens ne sont-ils pas modernes, dans la mesure ou ils sont toujours d'actualité dans l'esprit des amateurs de mythes ? Qui sont les amateurs de mythes ? Les lecteurs de littérature fantastique, au potentiel de syncrétisme sans limite, modulant tout à tour sur la lyre d'Orphée les soupirs de la sainte et les cris de la fée ? Les religieux, qui contesteraient le terme de mythe pour qualifier leurs propres croyances mais peut-être pas celles des autres ? Les historiens et historiens de l'art, dépositaires universitaires de connaissances et de réflexions d'intérêt universel ? Les mythes sont les aliments de l'âme, même si l'âme elle-même est plus un sujet de mythes qu'une notion rationnelle. Les mythes et l'âme se nourrissent mutuellement et se mélangent intimement en un sacré fromage blanc.




mercredi, avril 7

GRAVER DANS LE MARBRE OU COULER DANS LE BETON ?

" _ Et c'est quoi le sujet ?
_ Deux freres deviennent les gardiens d'un edifice religieux dans un camp de concentration en Algerie.
_ Ah..."

Ce matin sur France Musiques un journaliste dont la tache est manifestement d'ecumer le web sur un sujet precis, aujourd'hui la "discotheque ideale" a evoque et cite le Mythe du Lecteur.

Prevenu par mail j'ai pu ecouter et juger que le texte retenu aurait du etre retravaille. Il s'agissait d'un premier jet pas tres inspire au niveau du style (je me rappelle notamment avoir eu des problemes de concordances des temps a regler lors de la saisie electronique, ce qui est le signe fort rare d'une redaction decousue).
Mais je ne retoucherai pas le texte sur ce site, obeissant en cela a un principe diffus d'honnetete du blogueur, qui a des tendances d'expert-comptable.

Je suis neanmoins ravi que ce texte ait retenu l'attention de quelqu'un et je remercie Philippe Kalman de l'avoir cite, et de maniere appropriee, dans sa chronique Surf Musiques.
Probablement les blogs beneficient-ils d'une couverture de lecteurs de hasard, passifs (au sens de non commentants) parce qu'exterieurs a ce qu'ils ressentent comme etant le microcosme des blogs. Je pense que les commentaires laisses par des copains/copines blogueurs les uns chez les autres sont excluants, car le lecteur occasionnel est timide.

Ainsi, il y a des lecteurs.

Ecrire pour etre lu, ecrire pour soi, ecrire en sachant que l'un va etre lu, par des inconnus ou par des amis proches auxquels on ne livre pas forcement les pensees que l'on note, ecrire pour ranger au fond d'un placard voire pour detruire ce que l'on ecrit, c'est ecrire de manieres tres differentes.
Cette conscience de la presence du public, parfois castratrice, est ce que j'appelle le Mythe du Lecteur.

Ecrire pour graver dans le marbre ou pour couler dans le beton ?




mardi, avril 6

FRANCE MUSIQUES

La racine du blog est tiree de sa lethargie hivernale par la chronique de Philippe Kalman sur France Musiques
ce matin a 7h50 et qui cite l'exemple du disquaire (voir post du 31 mars 2003)

Si vous avez eu le temps de noter mon adresse et que vous etes la pour cette raison, ce serait une joie pour moi de lire un petit commentaire ou courrier electronique de votre part, le temps que je me fasse un cafe pour dissiper tout a fait certaine brume.
Merci !




lundi, décembre 15

DIARISTIQUE VEGETALE

L'acquisition de petits carnets devait m'aider a controler ce probleme mais je ne les ai pas sur moi aussi souvent qu'il le faudrait. Et je bleuis des pages de nullite diaristique. Paradoxe qui consiste a ecrire quand je n'ai rien a ecrire et a ne pas pouvoir toujours le faire quand j'en ressens l'urgence.

Diarrhee vegetative, diaristique vegetale,
logorrhee auto-produite, vestige scriptural,
dialogue auto-suffisant, delire de vestale,
vacuite ludique, druidique et vaginale,
gercure vacanciere au ski, coma sur la
route de la connaissance de la soie,
massage du fronton du temple ou message des tempes au front,
graine, migraine, demi-succes, logique du demi-
echec, larvage en regle a l'origine du monde,
influence de la libido sur l'ecriture de l'origine du monde
a nos jours, a nos nuits, a nos coits, a nos ecrits,
rapport au stylo, masturbation du clavier, de la plume a la plante des pieds.




vendredi, juillet 11

ECRIVAIN ( FICTION AUTOGRAPHIQUE )

Je suis ecrivain mais je n’ecris pas. Pour me debarrasser des espaces blancs je les remplis de mots sans beaute. Je ne sais pas quoi faire d’autre. Ce n’est plus de l’ecriture mais de l’incontinence. Au sein de ce flot insipide (si seulement il meritait qu’on le qualifiat de nauseabond !) j’espere sans cesse trouver un joyau, une perle, un bon mot, une formule… Mais je ne serai probablement jamais plus que le negre de ceux qui peuvent se permettre d’ecrire sans se soucier de detenir un style et dont la seule renommee leur vaudra d’etre publies… Au rythme ou je produis des phrases qui me satisfont, plusieurs vies ne seront pas de trop pour ecrire un roman, et encore, un petit.
Voila ce qui m’occupait l’esprit tandis que la fille en vitrine faisait son metier. C’etait comme dans le bouquin que j’avais lu. Sans passion, mecanique, hygienique. Ca m’a passe l’envie tellement c’etait glauque.
– Travaillez-vous pour quelqu’un d’autre ou a votre propre compte ? J’ai lu dans les guides touristiques que les prostituees d’Amsterdam etaient des travailleuses independantes, mais j’aimerais l’apprendre de…
– Qu’est-ce que c’est que ces questions ? Vous etes qui ? Un journaliste inquisiteur ?
– Attendez, attendez, je ne suis pas journaliste, c’est de la simple curiosite, je… je suis ecrivain. Oh putain, il faut que j’ecrive, je suis ecrivain et je n’ecris pas…
– Et vous avez ecrit quoi ?
– Je n’ai pas encore ete publie.
Je payais le montant d’une autre passe, simplement pour rester avec elle et lui poser les questions qui me passaient par la tete. J’avais le sentiment de ne pas etre ancre dans la realite, de vivre un souvenir mi-triste mi-heureux, ou l’ombre d’un souvenir de bonheur.
De retour chez moi, je me jetai sur le lit. Un lit anonyme, sans histoire, pas un lit que j’avais partage avec un ancien amour. Toutes les amours etaient anciennes, trop anciennes. Qu’etais-je aujourd’hui ? Une coquille vide et solitaire, un puits de larmes dont le robinet ne fermait pas bien, si bien que frequemment, un filet d’eau salee coulait sans effort, sans honte, sans raison. Reprends-toi, me disais-je parfois, tu n’es pas defini par l’unique fait d’etre seul, enfin quoi… Mais mon celibat ne savait pas trouver les mots qui m’auraient arrache a la melancolie.
Il me fallait un refuge, j’avais envie de fuir. Cette fois-ci ce fut le sommeil qui m’accueillit.
Je reconnais cette pente couverte de pelouse. Aujourd’hui un immeuble d’habitation l’a remplacee. Nous sommes a une epoque ou le ruisseau court toujours a l’air libre, la, a gauche. A present nous gravissons un escalier aux pierres lisses, lisses, sûrement depuis longtemps disparu. Nous entrons dans une maison, directement dans le salon. Qui est la ? Mon grand-pere. Et mon autre grand-pere. Comme ils sont jeunes ! Comme ils sont vivants ! Je ne sais pas dans quel ordre leur dire tout ce qui me passe par la tete. J’ai conscience de vivre un reve, mi-triste mi-heureux, une ombre de souvenir de bonheur.
Un coup de sonnette migraineux m’arrache a mon sommeil intempestif et reciproquement.
Quels importuns ! Quand s’en iront-ils ? Ah, enfin. Je ne supporte pas qu’on me derange au moments les plus calmes et les plus feconds, qu’on lise par-dessus mon epaule, qu’on vienne me serrer la main d’une patte moite et hypertrophiee par la pratique d’un sport inepte.




mercredi, mai 14


Un lezard dans un autocuiseur a parfois plus de liberte d'action que la bete tapie au fond de mon crane, cerveau reptilien dans une boite surchauffee. Aucun ecran n'arrete les aiguilles de soleil qui le clouent, dans son sommeil, a la couette. Avoir l'organe de la pensee emmure vif dans du goudron brulant, est-ce etre structure mentalement ?




lundi, mars 31

LIBERTE ( FICTION PHILOSOPHIQUE )

" En toute chose il faut considerer la fin "

L'esprit critique peut etre defini comme la faculte d'analyser nos perceptions en les confrontant mentalement avec nos experiences anterieures, afin de baser notre reaction non sur l'impulsion mais sur un jugement. On peut egalement appeler cela de la sagesse.

L'esprit critique reside dans l'utilisation d'un modele mental, d'une representation personnelle du monde, patiemment construite et nourrie de ce que nous avons percu, ressenti et pense au cours de la vie. Dans ce modele, chaque element est une situation a laquelle il convient de trouver une reaction appropriee. L'etre depourvu d'esprit critique tel que nous le definissons ici, comme par exemple un animal, n'a au plus qu'une seule reaction prevue pour chaque situation. Il obeit a un programme contraignant appele l'instinct. Le modele correspondant a l'esprit critique est compose d'une myriade de solutions, qui seront mises oeuvre ou non en fonction d'une analyse de la situation plus fine que celle de l'animal, pour aller au-dela des apparences. Chaque situation peut en effet etre interpretee de plusieurs manieres, appelees poles. Il est frequent de ne distinguer que deux poles : blanc ou noir, bon ou mauvais. Cela ne signifie pas que les poles troisiemes et suivants n'existent pas, mais simplement qu'ils sont moins probables (1).

Exemple du disquaire (2)
Il s'agit d'un reve. Je suis vendeur dans un magasin de produits culturels, au rayon musique classique. Un client m'aborde : " je voudrais constituer une discotheque ideale de musique classique ex nihilo. Je pense repartir d'ici en vous achetant une vingtaine de disques pour commencer. Voulez-vous faire le choix des oeuvres et des interpretations pour moi, vous qui etes specialiste ? Je vous donnerai un petit pourboire. " Je lui reponds " gardez votre pourboire, je suis deja paye pour faire ce travail ". Les fins de mois sont difficiles, mais ma reponse est dictee par une analyse tripolaire de la situation : soit cet offre est sincere, ce qui me parait tres improbable (mais cette interpretation aurait peut-etre guide ma reaction instinctive, a savoir accepter le pourboire) ; soit cet homme est un assistant RH de mon entreprise, qui essaye de me tester ; soit, hypothese la plus probable selon mon modele, cet homme, qui a une connaissance precise du mode de fonctionnement des vendeurs, qui est peut-etre vendeur lui-meme, veut s'assurer que je refuserai sa prime, et que de la meme maniere je n'essaierai pas de lui vendre les disques sur lesquels je touche la commission la plus importante plutot que de faire mon choix sur des criteres artistiques. Alors tout devint bleu et je m'eveillais en sueur dans la poubelle de mon petit pavillon de banlieue.

En premiere analyse, nous sommes tentes de conclure que l'esprit critique est un facteur de liberte. L'etre doue d'esprit critique aurait plus de libre arbitre que celui qui en est depourvu, puisque l'esprit critique elargit l'eventail de choix disponibles a tout instant. Neanmoins, nous avons dit que l'esprit critique consistait en une analyse plus fine des situations. En d'autres termes, l'esprit critique decompose en plusieurs situations differentes ce qui n'est pour l' " animal inferieur " qu'un seul contexte d'action. Mais dans la mesure ou la reaction est dictee par la nature de la situation ainsi decomposee, l'esprit critique n'est-il pas qu'une simple extension de l'instinct et de son programme determiste ?

Soit une situation donnee. Supposons qu'a chaque pole de cette situation on associe une probabilite d'occurrence, et que le sujet decide de sa reaction en fonction du pole de plus grande probabilite. Nous considererons ensuite l'introduction d'un facteur de gravite de chaque pole, qui pourra influer sur le resultat. Quelle est la probabilite pour que la realite de la situation a laquelle je suis confronte soit conforme a tel pole ? Quelle est la gravite d’une reaction inappropriee de ma part, en fonction du pole representatif de la realite de la situation ? Par bonheur pour les tenants du libre arbitre, la reponse a ces deux questions essentielles et eternelles est avant tout subjective. Elle depend du systeme de valeurs (3) de l'individu, des conditions exterieures qui affectent sa perception de la situation, et de toute son histoire personnelle, qui determine ou influe considerablement sur la facon dont son modele " esprit critique " s'est construit.

Ainsi, meme en supposant que toute la construction du modele propre a l'individu soit entierement determinee par son histoire personnelle, c'est-a-dire que deux individus a priori identiques puis soumis a la meme succession d'evenements aient le meme psychisme, le meme modele, ce qui est inverifiable (mais peu importe puisqu'il s'agit de l'hypothese la plus contraignante), alors la simple multiplicite des histoires personnelles possibles fait de chaque individu un etre unique, disposant d'un modele unique, different de celui de son voisin, lui dictant des reactions différentes dans une situation donnee, et ce de maniere imprevisible et inconnaissable. La reside ce que nous tenons pour la definition de la liberte.

(1) le manque de rigueur de ce passage a ete decrie par les adversaires de l'auteur. Ses partisans leur ont repondu que cette apparence baclee etait volontaire, afin de stimuler l'esprit critique du lecteur. On voit dans ces deux interpretations du discours une bonne illustration de bipolarite en premiere analyse.
(2) ou " Dialectique du vendeur averti et du client sociopathe ", dans les Apocryphes. Le fait que cet " exemple " ait ou non un reel rapport avec le propos est un sujet de controverse. Nous incluons toutefois le passage par souci d'exhaustivite.
(3) si un tel objet existe. Sinon, c'est pas grave.







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